littérature et société (suite)

Retour en arrière. Tout au long de l’année, les élèves (au nombre de cinquante) ont travaillé sur le thème « la représentation de la Guerre 14-18 dans les arts », dans le cadre du Centenaire de la grande guerre, avec leurs professeurs de Lettres et d’Histoire (Mme Dubois et Mme Morel).

Ils ont ainsi abordé la guerre selon trois angles : le cinéma, la bande dessinée et la littérature.

Guerre et cinéma : Les élèves ont analysé avec Michel Dupuis le film de Stanley Kubrick Les sentiers de la gloire. Etude des plans, des images, analyse approfondie de certaines scènes. Ils ont eu la vision et l’interprétation d’un réalisateur sur la guerre. Ils ont découvert comment il était possible de donner, par le choix du cadrage, de la lumière, des émotions fortes et un point de vue particulier sur un moment de l’Histoire… suite

Guerre et bande-dessinée : C’est avec Fabrice Le Hénanff, auteur d’une bande dessinée sur la guerre de 14-18 – Les Caméléons, que les élèves ont été initiés au travail de recherche, d’illustration, de colorisation, de toutes les étapes de la création d’une bande-dessinée.

Guerre et littérature : ils ont été invités à choisir un roman à lire parmi une sélection d’ouvrages portant sur ce thème. Découverte des textes par la lecture, travail sur le roman, sur les lettres, qui a abouti à un travail sur la lecture orale avec le comédien Pascal Guin.

A la suite de chacune de ces approches, les élèves ont réalisé des diaporamas, des planches de BD et de courts enregistrements de passages de textes qu’ils ont lus.

Soirée du jeudi 5 juin. Lors de ce moment qui avait pour objectif de finaliser les étapes de travail, les élèves ont pu assister à une lecture qui les a emmenés très loin du confort douillet des fauteuils rouges du cinéma « La bobine ». Un voyage violent dans le passé, dans la guerre, dans l’Afrique révoltée.

L’écriture de Laurent Gaudé, portée par la voix tantôt grave, tantôt douce, tantôt tragique, tantôt rude, souvent violente, de Pascal Guin, et les notes grinçantes, insidieuses, percutantes, étranges de Christofer Bjürstrom, donne à cette représentation de la guerre toute sa dimension absurde, son horreur, sa souffrance.

Plongé dans une semi-obscurité aux teintes flamboyantes, le comédien-narrateur incarne le narrateur de la nouvelle. Le colonel Barbaque, ancien Poilu qui a connu l’horreur de la guerre et des tranchées, sauvé par un soldat noir, raconte l’après, son après-guerre. L’impossible retour à la vie demandé par l’épouse, vivre comme avant, comme si rien n’avait eu lieu, juste une absence de quelques mois. Puis son départ, sa fuite en avant, en Afrique, là où celui qui l’a sauvé vivait. Sa vie nouvelle et son affirmation de plus en plus grande de son rôle de guerrier. Il devient la Guerre au milieu des Africains, la Guerre contre les colonisateurs.

Des images terribles, aucune compassion, aucune pitié. Des images de sang et de mort. Aucune joie, aucun espoir dans les mots. Le narrateur est mort dans les tranchées, dans cette guerre qui n’a rien épargné. Les souvenirs s’estompent. Nous sommes plongés dans une guerre éternelle, dans la folie de l’homme où la seule rémission est dans la mort.

Un moment d’une étonnante richesse évocatrice qui a fortement marqué le public. A voir et à écouter toujours et encore. Et une belle conclusion pour le travail des élèves.